l'hydre

by Hamadryade

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about

live recording au festival
"Les détours métaphoniques de Saint-Salvadou" / Le Chant des Serènes
le 6 juin 2018 à La Bastide L'Evêque (Aveyron- France)

création musicale de
Patricia Capdevielle, voix
André-Marc Delcourt, flûtes, flûte contrebasse

texte : Heiner Müller (extrait de "Ciment" - 1971)
(editions de Minuit - traduit de l'allemand par Jean-Pierre Morel)

«  L'Hydre »

Notre civilisation se trouve confrontée à la violence qu'elle génère, contre elle même, contre les populations, les individus, mais aussi contre ce petit morceau d'espace qui nous a fait naître, nous héberge, nous nourrit et nous fait respirer, tandis qu'il poursuit sa course folle autour du soleil. Cette violence s'abat sur le monde avec une bestialité sans pareille dans son histoire, de plus en plus animale et sauvage au fur et à mesure que nous nous disons « civilisés » – elle se tapit également sous certaines formes au fond de chacun d'entre nous.

Heiner Müller (9 janvier 1929 - 30 décembre 1995) est un dramaturge, directeur de théâtre, poète d'Allemagne de l'Est. « Héraclès 2 ou l’Hydre » apparaît dans « Ciment», pièce écrite en 1971. Comme souvent, la référence à un mythe ancien ouvre de nombreux niveaux de lecture et de compréhension .
Heiner Müller détourne le mythe d’Héraclès en évoquant le second de ses travaux: le récit conte l'épopée d'un homme dans une forêt, parti à la bataille contre l'Hydre de Lerne, monstre qui se recompose et ressuscite lui même au fur et à mesure qu'on le détruit... Alors même que l'on pense suivre une piste, celle du cheminement vers un combat, Müller enchaîne avec précision des mouvements très divers qui brouillent consciencieusement les perceptions du héros. Les repères du temps, de l'espace et de l'identité même du sujet se délitent dans une écriture dense et organique. Le parcours est guidé par les sensations d'un personnage en route, en déroute, sur des routes.

Peu à peu il réalise que la forêt, le monstre et lui-même ne font qu'un!

Confronté à sa propre part de monstruosité, l'Homme serait ainsi son unique et seul ennemi, créant les propres conditions de sa perte et/ou de sa renaissance. Les immenses doutes qui traversent notre époque, à l'échelle de l'humanité, (et comment reconstruire, se reconstruire après chaque destruction) se retrouvent dans le parcours individuel de chacun d'entre nous et dans ce combat intime que nous menons contre notre propre part d'ombre pour nous chercher nous mêmes. Comme Sisyphe, l'Héraclès/Hydre de Heiner Müller est condamné à un travail qui ne connaîtra pas de fin, « inutile et sans espoir » : se combattre, se mutiler, s'autodétruire, puis se recomposer sans cesse, souvent « de travers », au cœur de la forêt (lui même), des membres « haches / couteaux / tentacules » de son propre corps, le combat continue...  « Le temps du monde fini commence. »

La musique se construit autour du texte, avec et contre lui, le musicien, (flûtes et flûte contrebasse), se profile comme un arbre agité par les désordres du souffle humain.


Une création musicale de

Patricia Capdevielle, voix
André-Marc Delcourt, flûtes, flûte contrebasse

credits

released August 20, 2018

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about

Hamadryade Narbonne, France

Patricia Capdevielle, comédienne-chanteuse, et André-Marc Delcourt, flûtiste et compositeur mènent un travail de création qui cherche à confronter des textes poétiques ou théâtraux, avec la musique d’aujourd’hui. L’association des timbres de la flûte et de la voix, permet de concilier une couleur sonore fréquente dans les musiques traditionnelles, et la recherche d’une expressivité très actuelle. ... more

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Track Name: acte 1 - "longtemps encore, il crut marcher..."
Longtemps encore il crut marcher à travers la forêt, dans l’abrutissement causé par le vent chaud qui semblait souffler de tous côtés et faisait bouger les arbres comme des serpents, dans le crépuscule toujours le même, suivant la trace de sang à peine visible sur le sol agité d’un tremblement régulier, allant seul à la bataille contre la bête. Les premiers jours et les premières nuits, ou étaient ce seulement des heures, comme pouvait-il mesurer le temps sans le ciel, il se demanda encore plus d’une fois ce qu’il pouvait y avoir sous le sol qui roulait des vagues au-dessous de ses pas de sorte qu’il semblait respirer, quelle était la minceur de la peau par-dessus ce qu’il y avait en bas d’inconnu et combien de temps elle le retiendrait hors des entrailles du monde. En avançant avec plus de précautions, il lui sembla que le sol, dont il avait cru qu’il céderait sous son poids, venait à la rencontre de ses pieds et l’attirait même par un mouvement de succion. Il eut aussi nettement la sensation que ses pieds s’alourdissaient. Il compta les possibilités : 1 ) ses pieds s’alourdissaient et le sol aspirait ses pieds ; 2) il sentait ses pieds s’alourdir parce que le sol les aspirait; 3) il avait l’impression que le sol aspirait ses pieds parce qu’ils s’alourdissaient. Ces questions l’occupèrent un temps (années heures minutes). Il trouva la réponse dans la sensation de vertige grandissant que lui causait le vent soufflant de façon concentrique : ses pieds ne s’alourdissaient pas, le sol n’aspirait pas ses pieds. L’un comme l’autre n’étaient qu’une illusion des sens provoquée par la chute de sa tension artérielle. Cela le calma et il alla plus vite. Ou crut-il seulement aller plus vite. Comme le vent augmentait, les arbres et les branches lui frôlaient plus souvent le visage le cou les mains. D’abord le contact fut plutôt agréable, une caresse ou comme si l’on examinait, même superficiellement et sans intérêt particulier, la texture de sa peau. Puis la forêt parut s’épaissir, la nature du contact changea, la caresse devint prise de mesure.
Comme chez le tailleur, pensa-t-il quand les branches enserrèrent sa tête, puis son cou, sa poitrine, sa taille, etc., la forêt semblait s’intéresser même à son pas, jusqu’à ce qu’elles l’eussent mesuré de la tête aux pieds. L’automatisme du processus l’irrita. Qui ou bien quoi gouvernait le mouvement de ces arbres, branches ou quoiqu’il y eût là pour s’intéresser à son tour de tête son encolure sa pointure. Cette forêt qui ne ressemblait à aucune des forêts qu’il avait connues, « traversées », pouvait-elle encore être nommée forêt. Peut-être était-il en route depuis trop longtemps déjà, une ère de trop, et les forêts n’étaient-elles déjà plus que ce qu’était cette forêt. Peut-être était-ce seulement la dénomination qui faisait la forêt et tous les autres signes caractéristiques étaient-ils devenus depuis longtemps déjà hasardeux et interchangeables; même la bête qu’il voulait abattre et pour laquelle il traversait cette donnée encore provisoirement nommée forêt, le monstre à tuer, qui avait transformé le temps en un excrément dans l’espace, n’étaient-ils seulement qu’une façon de dénommer par un nom tiré d’un vieux livre quelque chose qui n’était plus reconnaissable. Lui seul, l’innommé, était resté pareil à lui-même sur le long chemin couvert de sueur qu’il suivait vers la bataille. Ou bien ce qui marchait avec ses jambes sur le sol qui dansait toujours plus vite était-il déjà un autre que lui. Il y pensait encore quand la forêt de nouveau referma sur lui sa poigne. La donnée étudia son squelette, nombre, taille, disposition, fonction des os, et l’assemblage des articulations. L’opération était douloureuse. Il eut du mal à ne pas crier. Il se lança dans une rapide course en avant, hors de l’encerclement. Il savait qu’il n’avait jamais couru aussi vite. Il ne s’éloigna pas d’un pas, la forêt fut aussi rapide, il resta dans la pince qui maintenant se refermait sur lui, comprimant ses viscères, aplatissant ses os, combien de temps pourrait-il endurer la pression, et, dans sa panique montante, il comprit : la forêt était la bête, depuis longtemps déjà la forêt qu’il avait cru traverser était la bête, qui le portait à la vitesse de ses pas, les vagues du sol sa respiration et le vent son souffle, la trace qu’il avait suivie son propre sang, sur lequel la forêt, qui était la bête, depuis quand, combien de sang a un homme? et il comprit qu’il l’avait toujours su, sauf par les noms. Quelque chose comme un éclair sans commencement ni fin décrivit un circuit incandescent avec les vaisseaux de son sang et les ramifications de ses nerfs. Il s’entendit rire, quand la douleur prit le contrôle de ses fonctions corporelles. Cela sonnait comme un soulagement:
Track Name: acte 2 - "plus de pensées, c'était la bataille..."
plus de pensées, c’était la bataille. S’adapter aux mouvements de l’ennemi. Les esquiver. Les prévenir. Les contrer. S’adapter. Ne pas s’adapter. S’adapter en ne s’adaptant pas. Esquiver en attaquant. Attaquer en esquivant. Prévenir le premier coup heurt choc assaut et esquiver le second. En sens inverse. Changer l’ordre de la série et ne pas le changer. Contrer l’attaque par un mouvement identique et (ou) différent. Patience du couteau et puissance des haches. Il n’avait jamais compté ses mains. A présent non plus il n’eut pas besoin de les compter. Partout n’importe où quand il en avait besoin, elles faisaient son travail, les poings si nécessaire, les doigts utilisables un par un, les ongles séparément, les arêtes du coude. Ses pieds contenaient le sol qui, en révolte contre la gravitation, tournait toujours plus vite, l’union en une seule personne de l’ennemi et du champ de bataille, le ventre qui voulait le retenir. La vieille équation.
Ses dents se souvinrent du temps d’avant le couteau. Dans l’enchevêtrement des tentacules, impossibles à distinguer du tournoiement des haches et des couteaux, des haches et des couteaux tournoyants impossibles à distinguer des tentacules, des haches couteaux tentacules impossibles à distinguer des explosions de champs de mines tapis de bombes cultures bactérielle, des haches couteaux tentacules champs de mines tapis de bombes réclames lumineuses cultures bactérielles impossibles à distinguer de ses mains pieds dents dans l’instant de sang gélatine chair provisoirement dénommé bataille, n’ayant, lorsque des coups contre sa propre substance lui échappaient à l’occasion, pour seul baromètre que sa douleur ou plutôt la montée soudaine des douleurs ininterrompues à un degré qui n’était même plus perceptible, dans une destruction permanente sans cesse réduit à ses plus petits éléments et se recomposant sans cesse à partir de ses débris dans une reconstruction permanente, il se recomposait plus d’une fois de travers, la main gauche avec le bras droit, l’os iliaque avec l’humérus, dans la hâte ou par distraction, ou troublé par les voix qui lui chantaient aux oreilles chœurs de voix reste dans la norme lâche la vapeur laisse tomber ou par ennui de couper toujours la même main au bout du même bras les tentacules têtes réduites cols amidonnés qui repoussaient toujours, d’arrêter les moignons, colonnes de sang ; parfois il retardait sa reconstruction, attendant avec avidité la destruction totale, avec espoir le néant, la pause infinie, ou bien par peur de la victoire, qui ne pouvait être remportée que par la destruction totale de la bête qui était son séjour, hors duquel peut-être le néant l’attendait déjà ou n’attendait personne; dans le silence blanc, qui annonçait le commencement du dernier round, il apprenait à lire le plan toujours autre de la machine qu’il était cessait d’être redevenait autrement à chaque regard chaque prise chaque pas, et apprenait qu’il le pensait modifiait traçait de sa main avec l’écriture de ses travaux et ses morts.

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